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Marie-Anne DAYÉ

Marie-Anne DAYÉ

Conceptrice - Rédactrice

Cuisiner des tamales pour casser la routine

Un atelier de cuisine collective organisé par Actions interculturelles (AIDE) a permis à une vingtaine de travailleurs guatémaltèques et mexicains de relaxer entre deux quarts de travail. Une occasion aussi de créer des rituels, un peu comme à la maison.

Texte et photos Marie-Anne Dayé

Sur fond de musique latinoaméricaine, on perçoit le bruit du malaxeur et des cuillères de bois qui remuent dans les chaudrons, combiné à des rires et des discussions en espagnol. L’ambiance est à la détente en ce samedi 25 février 2023, dans le sous-sol de l’hôtel de ville de Waterville, situé à environ 20 minutes de Sherbrooke. Jasmin Chabot et Valeria Condés Roveglia, les instigateurs du projet Ensemble on sème, chapeauté par AIDE, ont invité les travailleurs étrangers temporaires de la région à un atelier de cuisine collective. Au menu, des tamales, un plat typique du Mexique depuis l’époque préhispanique, qui trouve différentes variantes dans d’autres pays d’Amérique latine.

Les participants sont arrivés au compte-goutte dans la salle, prêts à mettre la main à la pâte. La plupart n’avaient jamais cuisiné eux-mêmes les tamales… mais ils adorent en manger! Avec l’aide des chefs, ils ont appris à préparer la base faite à partir de farine de maïs et de bouillon de poulet, puis des deux farces : l’une composée de poulet, d’oignons et de tomates et l’autre d’un mélange de bœuf assaisonné. Ensuite, ils devaient garnir des feuilles de maïs ou de bananier de ces deux préparations, les refermer et les déposer dans le chaudron pour les cuire à la vapeur. D’où l’origine du mot « tamales », soit nahuatl tamalli, qui veut dire « enveloppé ».

Créer des rituels

Jasmin Chabot et Valeria Condés Roveglia ont eu l’idée de démarrer leur projet en 2020, alors qu’ils ont croisé des travailleurs mexicains à vélo sur la rue principale à Waterville, et les ont invités à venir manger des tamales, justement, chez eux. Cette réunion spontanée leur avait permis d’entendre leurs histoires, d’échanger avec eux, et de constater que peu de services étaient offerts à ces travailleurs qui arrivaient de loin. Depuis le couple a multiplié les rassemblements et les activités qui donnent un répit aux travailleurs. « Ils sont contents, ils nous remercient et beaucoup disent qu’avant, il n’y avait rien. Ils sont moins stressés, ils sont plus relax, ils ont le sourire le lundi quand ils recommencent à travailler », se réjouit Jasmin Chabot. « Les activités font en sorte que maintenant ils se connaissent, s’appellent et s’entraident. Ils peuvent aussi s’informer entre eux », renchérit Valeria.

Ces hommes, qui viennent année après année au Québec, n’ont pas d’enracinement sur le plan identitaire ici, souligne Valeria. C’est pourquoi elle et Jasmin ont voulu instaurer des habitudes, des rituels, afin de reproduire un peu ce qu’ils peuvent ressentir chez eux. « L’Amérique latine est une société où, du point de vue anthropologique, les cycles de l’agriculture sont liés à des cycles rituels, par exemple la fête de la Santa Cruz est liée à une invocation à la pluie », poursuit Valeria. Afin de créer un sentiment d’appartenance, ils organisent des tournois de soccer, des soirées cinéma et la fête des Pères, entre autres. « Ce sont des routines dont les humains ont besoin pour sentir que les cycles se déroulent de manière appropriée. Ce sont des rituels symboliques qui donnent le sentiment d’être présent ».

Moment de repos

Pour Willians Barahona, des activités comme celles-ci lui permettent de briser l’isolement, car il est le seul TET de l’entreprise où il travaille, vit avec un autre Guatémaltèque seulement et travaille 70 heures par semaine. Il raconte qu’il lui arrive d’éprouver de la solitude et de la tristesse, de sentir la distance entre lui et sa famille au Guatemala, de trouver l’hiver et l’obscurité ardus, de vivre du stress et un manque de sommeil. Mais le sourire qu’il déployait traduisait sa joie de pouvoir casser cette routine le temps d’un après-midi. Bien que son pays et sa famille lui manquent, il est motivé par ses projets et il a commencé à apprendre le français. Il souhaiterait pouvoir un jour faire venir ici sa femme et sa fille maintenant âgée de deux ans. « En étant ici, je sais que je pourrai lui offrir un meilleur futur, une meilleure éducation et l’opportunité de vivre dans un pays sécuritaire », dit-il.

À la fin de la journée, les participants n’ont pas tous pu goûter au fruit de leur labeur, car les tamales n’étaient pas prêts avant leur départ pour leur second quart de travail. Les organisateurs leur ont toutefois promis de les livrer chez eux. Le lendemain, ces derniers ont poursuivi cette mission de créer des rituels et des moments heureux en invitant les travailleurs à jouer au basketball ou regarder un match de hockey.


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