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Marie-Anne DAYÉ

Conceptrice - Rédactrice

Avec dévouement et passion, Roberto Hernández cultive sa réussite

Travailleur étranger temporaire aux Fraises de l’Île d’Orléans depuis neuf ans, Roberto Hernández, originaire du Mexique, ne s’arrête pas une seconde : entre son emploi exigeant, une discipline personnelle rigoureuse et des responsabilités familiales, il arrive tout de même à faire fructifier son potager et à courir 25 km par semaine.

Devant l’un des logements des 180 TET agricoles embauchés par l’entreprise Les Fraises de l’Île d’Orléans se trouve un potager bien rangé, verdoyant et débordant de légumes. C’est l’œuvre de Roberto Hernández, travailleur étranger temporaire d’origine mexicaine fidèle au poste depuis neuf années. L’homme de 37 ans, qui semble infatigable, met beaucoup d’énergie à faire pousser des courgettes, des concombres, des melons et des tomatillos (qui serviront à préparer la fameuse salsa verde). « C’est la première année que je fais un potager ici, et j’aime ça ! », se réjouit Roberto.

En plus de ses tâches professionnelles, Roberto doit arroser son potager trois fois par jour. Avec ses récoltes abondantes, il peut même en faire bénéficier son frère ainsi que quelques amis proches. Photo Marie-Anne Dayé.

 Une discipline bien rodée

Ce jardin ordonné témoigne de la rigueur dont il fait preuve dans son emploi, mais aussi dans sa routine personnelle. Après six journées consécutives de travail d’environ 11 ou 12 heures* chacune pendant la saison des récoltes*, il dédie son jour de repos, le vendredi, à diverses activités. Au programme, un jogging de pas moins de 25 km en deux heures, la cuisine de plats mexicains ou asiatiques, un détour à l’épicerie, ainsi qu’un appel à sa femme et ses fils Samuel, qui soufflera bientôt ses 3 bougies et Diego Asael âgé de 8 ans. Il ne manque surtout pas de se rendre à la chocolaterie du coin pour acheter une crème glacée. « Je dois aller manger une crème glacée quatre saveurs, sinon ce n’est pas un jour de repos. En vérité, je ne sais pas si c’est une maladie, mais je suis un fanatique de sucre ! », dit-il.

Il est aussi à cheval sur le ménage dans la petite maison qu’il partage avec trois collègues, dont son frère. « Si la maison est propre, c’est plus facile pour nous de nous détendre », constate-t-il.

Les tomatillos que Roberto cultive lui servent à concocter la fameuse salsa verde mexicaine. Photo Marie-Anne Dayé.

La longue route jusqu’à l’Île d’Orléans 

Avant d’atterrir sur l’Île d’Orléans, Roberto a vécu l’expérience de travailler aux États-Unis sans statut légal, comme l’avait fait son père auparavant. Bien que ses parents espéraient que leur fils poursuive des études universitaires après le collège, celui-ci ne tenait plus en place. Il souhaitait plutôt travailler et construire une maison pour lui et sa copine Maria Lorenza – qui est aujourd’hui son épouse et la mère de ses enfants. 

En 2004, il a donc traversé la frontière périlleuse entre le Mexique et les États-Unis moyennant de verser 1 400 $ aux passeurs (une épopée qui coûte aujourd’hui entre 8 000 $ et 10 000 $) et esquiver les agents frontaliers.

Il s’est alors installé pendant sept ans dans le pays voisin, loin des siens.

Confronté à une diminution des besoins de main-d’œuvre dans son secteur d’activité en 2010, il a pris la décision de rentrer chez lui, à Irapuato. Il a travaillé en tant que charpentier – métier qu’il exerce toujours aujourd’hui quand il rentre au Mexique, puis une opportunité pour venir travailler aux Fraises de l’Île d’Orléans s’est offerte à lui en 2015. C’était le début d’une autre grande aventure, qui fut déchirante, car son premier fils allait naître la même année. 

Depuis ce temps, il pose ses valises chaque année en mars sur cette île fertile et reprend un vol vers le Mexique en novembre. « Je suis ici pour travailler beaucoup, aider l’entreprise et gagner beaucoup d’argent. » Sa famille lui manque, évidemment, sauf que lorsque la saison démarre, il « change de puce », explique-t-il, pour se concentrer sur son travail. 

Malgré la distance, Roberto reste profondément engagé dans l’éducation de ses enfants. Il a déniché des cahiers d’exercices pour son fils Diego Asael afin qu’il apprenne le français et l’anglais. Par ailleurs, le jeune garçon suit actuellement des cours de peinture à l’huile, et Roberto affiche fièrement l’une de ses toiles comme photo de profil WhatsApp. Photo Marie-Anne Dayé.

L’importance d’une relation réciproque

Au travail, il se sent utile et apprécié par son employeur, qui lui confie maintenant des tâches comme la fertilisation et d’irrigation de la production, entre autres. Comme l’entreprise est aussi un centre de recherche et de développement, Roberto participe souvent à l’implantation de nouvelles techniques et d’équipements novateurs pour améliorer les cultures. Les relations sont bonnes avec ses supérieurs et ses collègues – qui aiment le taquiner, et vice-versa. Cependant, quand quelque chose ne va pas, il n’hésite pas à donner son opinion et il est bien au fait de ses droits et de ses responsabilités. « Nous, comme travailleurs agricoles, avons les mêmes droits que les travailleurs québécois », affirme-t-il en ajoutant que le respect doit venir des deux parties. « Pour moi, il est important que l’on reconnaisse les efforts des mains qui rendent les plantes vertes parce que je pense que c’est le travail le moins valorisé ».

Roberto, à la recherche des plus belles mûres. Photo Marie-Anne Dayé.

Il sait que lorsque la saison se terminera, il ne chômera pas non plus au Mexique. Les clients qui veulent se faire fabriquer des meubles avec la touche Roberto l’attendent, et il a également un hectare de terre – offert par son père à son fils Diego Asael –, à entretenir.

En 2026, il devra prendre la décision de renouveler son passeport ou non car celui-ci va expirer, de revenir au Québec comme il le fait chaque année ou de rester définitivement au Mexique. Dans tous les cas, il continuera à appliquer ce qu’on lui a appris à ses débuts en charpenterie : il faut réaliser quelque chose qui soit différent des autres et toujours innover. Sans conteste, Roberto n’aura pas de mal à honorer cette promesse, que ce soit au Mexique, au Québec ou ailleurs.

Le projet a été financé par le gouvernement du Canada.

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